Le billet de Karyn
Karyn Apprendre une langue étrangère
Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, j’ai comme une sensation de déjà vécu. Non que j’aie un jour imaginé en rêve, ou plutôt en cauchemar, une telle situation, mais parce que je relie cette crise à une autre, et je vais vous expliquer pourquoi.
Cette pandémie, inédite, appelle des notions médicales et scientifiques qui dépassent les connaissances du commun des mortels, tout comme c’était le cas au moment de l’accident nucléaire de Fukushima. Nous y voilà, c’est cela, la sensation de déjà vu. Qu’il s’agisse de médecine ou de radioactivité, je ne suis pas spécialiste, je suis journaliste et je me dois de rechercher les personnes érudites susceptibles de me renseigner et dont je peux rapporter les propos, les partager avec les lecteurs des journaux pour lesquels je travaille ou les auditeurs des radios dont je suis correspondante. La particularité de cette crise est qu’elle est internationale.
L’accident de Fukushima avait certes eu lieu au Japon, mais il avait des répercussions planétaires et donc préoccupait le monde entier. Or, dans les deux cas, coronavirus ou accident de Fukushima, non seulement des experts du Japon, mais aussi d’autres pays s’expriment. Il est alors à la fois utile et déconcertant de comprendre plusieurs langues. Utile, parce que cela permet de prendre connaissance directement de ce qui se dit ou se passe à l’étranger, sans attendre que les médias japonais le rapportent, et déconcertant, car on se rend alors compte que les avis des experts sont très différents, que les propos des gouvernements le sont aussi. C’est aussi très embêtant, car, comme on n’est pas soi-même spécialiste, on ne sait plus à quel saint se vouer.
Un exemple : le 1er avril, le comité des experts choisis par le gouvernement japonais, ceux dont les avis entraînent des décisions politiques majeures, affirmait « les enfants ne sont pas des vecteurs de la transmission du Covid-19 ». Mais dans le même temps, en France, des spécialistes disaient le contraire. Qui a raison, qui a tort, je n’en sais rien. Mais le fait de comprendre plusieurs langues nous incite, et c’est peut-être l’essentiel, à douter, à ne pas prendre pour acquis, pour certains, des propos émis par une seule personne, relayés dans un seul pays. C’est pourquoi, même si en ces temps perturbés il n’est pas possible de voyager et qu’on peut penser que les langues étrangères ne sont dès lors pas nécessaires, c’est faux, au contraire, elles le sont plus que jamais.
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Bob Pourquoi apprend-on une langue étrangère ?